
L’instant de l’arrestation marque une fracture brutale dans une vie. Tout ce qui était familier disparaît en quelques secondes : le foyer, le nom, le futur. Il ne reste que la peur nue, une peur qui serre la poitrine et empêche de penser clairement.

Les premiers moments sont dominés par l’incompréhension. Pourquoi moi ? Que va-t-il se passer ? Les réponses n’arrivent jamais. À la place, il y a les ordres criés, les gestes brusques, le silence imposé. L’être humain commence déjà à se sentir réduit à un simple corps déplacé d’un point à un autre.

Le transfert vers Dachau est une épreuve à part entière. Les wagons bondés, l’air irrespirable, le temps qui se dilate. Chaque minute semble une heure. Certains ferment les yeux pour fuir la réalité, d’autres regardent fixement le sol, comme si le monde avait cessé d’exister au-delà de ce trajet.

À l’approche du camp, une angoisse plus profonde s’installe. Les rumeurs circulent, les regards se croisent sans mots. Chacun comprend que ce lieu n’est pas une simple prison. C’est un espace où les règles ordinaires de l’humanité ne s’appliquent plus.

À Dachau, le choc est immédiat. Les uniformes, les barbelés, les cris. L’identité personnelle s’efface derrière un numéro. La honte, la peur et la fatigue se mélangent, créant un sentiment d’abandon total. Pourtant, au cœur même de cette déshumanisation, subsiste une chose fragile mais essentielle : la conscience d’être encore vivant.

Ce souvenir de l’arrestation et du transfert reste gravé à jamais. Il symbolise le moment précis où l’innocence est arrachée, où la liberté cesse d’être un droit pour devenir un souvenir. Raconter ces émotions aujourd’hui, c’est refuser l’oubli et rappeler jusqu’où peut aller la perte d’humanité quand la violence devient un système.
